L'Artiste et ses racines

Pour que vous puissiez comprendre ma démarche picturale, je vais rappeler brièvement une page d’histoire.

 

Le tout premier gouvernement du Sénégal, établi en 1960 par Mamadou Dia, a été évincé du pouvoir en 1962. Cinq membres de ce premier gouvernement ont été incarcérés, victimes d’un complot fomenté par Léopold Sédar Senghor. Parmi ces hommes, mon père Valdiodio N’Diaye, considéré aujourd’hui comme l’un des Pères de l’indépendance du Sénégal.

 

Cette histoire méconnue des indépendances, je l’ai relatée dans un film documentaire, aujourd’hui, on la retrouve dans ma peinture. C’est la clé qui définit mon engagement.

 

Ma peinture relate l’enfermement.

 

Peu ou pas de mouvement, c’est la lenteur, temps infini de solitude. Les détenus de Kédougou (Kédougou est l’endroit le plus chaud de la planète, et c’est là qu’ils ont été incarcérés pendant 12 longues années, au mépris le plus total des droits fondamentaux), malgré l’épreuve de l’isolement forcé, ont développé une grande spiritualité, voire un mysticisme.

C’est cela que j’ai tenté de traduire dans mes peintures.

J’ai utilisé des bleus indigo en contraste des rouges et des jaunes qui sont des couleurs chaudes.

 

Vous verrez aussi des formes d’écritures abstraites, elles représentent le lien avec l’extérieur, les lettres soumises à la censure qu’ils adressaient à leur famille. Quant aux collages de végétaux, ils renvoient aux arbres que les détenus ont plantés: ils ont eu le temps d’en récolter les fruits.

 

Je vous ai donné quelques pistes pour vous décrypter ma peinture, mais je pense que chacun peut lire une oeuvre avec son histoire personnelle, en transposant les schémas qui lui sont propres. Des moments difficiles, des moments de doute, jalonnent souvent nos existences. L’émotion engendrée par une oeuvre renvoie toujours à ce que nous sommes, indépendamment du sens que l’artiste a voulu apporter à son oeuvre.

 

Je tiens cependant à délivrer un message d’espoir. Des fenêtres s’ouvrent dans mes oeuvres, la lumière s’y engouffre, des transparences surgissent soudain, pour vous transporter vers un ailleurs intemporel. Rien n’est jamais perdu, l’existence réserve par bonheur d’agréables surprises et c’est grâce à elles que nous nous reconstruisons pour ensuite rencontrer l’autre.

 

 

Je formule des voeux pour que tous les pays d’Afrique s’ouvrent à la démocratie, à la liberté d’expression et au respect des Droits de l’Homme. Si mon oeuvre, aussi modeste soit-elle, pouvait y contribuer j’en serais très heureuse.

 

Je vous souhaite une bonne visite.

 

Amina N’Diaye Leclerc